03 Ville maison lettre
Posté le 06.04.2008 par paragraphe
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Cartes de vœux
J’ai tout nettoyé de fond en comble aujourd’hui. Comme tous les jours.
Il me faut finir les cartes de vœux, j’en ai déjà écrit une soixantaine hier pour la famille proche ; il me reste celles des amis, pour la paroisse, le maire, les commerçants… au moins une bonne centaine.
Et demain, j’irai à la poste acheter les timbres spéciaux souhaitant la nouvelle année.
Je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à m’y mettre. Quelque chose me turlupine. Pourtant, je suis à jour dans ma liste de choses à faire aujourd’hui, il me semble. Mon esprit repasse en boucle les tâches accomplies depuis sept heures ce matin.
Mais il faut m’y mettre, j’ai perdu au moins cinq minutes à repenser à tout ça, et je ne vais pas avoir le temps de finir les cartes aujourd’hui si je veux pouvoir préparer le dîner de ce soir comme je l’entends. Et je déteste être en retard, je déteste l’imprévu en général d’ailleurs, et que l’inspiration me manque pour les cartes de vœux faites maison, ça, ça n’était pas prévu !
Ou alors, je peux peut être préparer le dîner maintenant, comme ça tout sera prêt pour ce soir et j’écrirai les cartes après en attendant mes convives, l’inspiration viendra bien. Mais non, la viande va être trop sèche si je la prépare maintenant. Au moins dresser la table peut être…
Je laisse donc mes cartes en plan - que je déteste ça, laisser quelque chose d’inachevé - mais tant pis pour mes états d’âme, il faut bien être efficace, ne nous laissons pas aller, fichtre !
Pour me retirer cette impression désagréable de fouillis dans ma tête, je prends trois aspirines avant de descendre à la salle à manger.
Contrariée, je remarque quelque chose de changé dans le salon mais quoi ? Un meuble a été déplacé, comment se fait-il que je ne m’en sois pas rendue compte ce matin en passant l’aspirateur ? C’est sûrement Yann qui hier est resté tard à regarder la télévision ; je lui avais pourtant dit d’aller se coucher avant minuit, pour qu’il ne soit pas encore en retard au lycée le matin, comme à son habitude, parce qu’il manque de sommeil et a donc du mal se lever. Il faudrait que je me résolve à le mettre en pension, ça lui ferait le plus grand bien, je n’ai aucune autorité sur lui. Quant à Bruno n’en parlons pas.
Mais de quoi aurions-nous l’air vis à vis des gens ? De parents indignes sûrement. Etre le sujet de commérages du quartier, certainement pas.
Tout doit sembler parfait. Euh… que dis-je «tout doit sembler parfait»? Tout est parfait. J’ai la vie dont j’avais toujours rêvé : un mari qui m’adore et qui a un bon salaire, un travail tourné vers les autres et à mi-temps, ce qui me laisse le temps d’entretenir ma maison et ma forme, un fils qui certes traverse une période difficile en ce moment, mais qui fera un gendre idéal pour n’importe quelle famille membre du Rotary Club, une maison parfaite, impeccable et meublé avec goût (le mien), un jardin resplendissant, le tout dans une mignonne petite ville à taille humaine où je connais tout le monde (sans pour autant les apprécier) et où toute la violence que l’on peut voir aux nouvelles le soir n’est qu’un lointain mirage - Dieu nous en préserve !
Mais je m’égare, le temps passe à une vitesse folle, les Gordon arrivent bientôt et rien n’est prêt pour ce souper ! Et ces cartes laissées en plan… J’y retourne, c’est plus fort que moi ; il ne sera pas dit que j’enverrai cette année mes vœux le 2 janvier ! C’est hors de question, c’est d’un commun… de se laisser déborder par le temps, ce n’est pourtant pas compliqué d’être un minimum organisée et de se tenir à ses engagements. Alors… que pourrais-je souhaiter à mes amis qu’ils n’ont pas déjà ?
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